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Discours

Intervention de Monsieur José Badia, Conseiller de Gouvernement pour les Relations Extérieures et la coopération, lors du Débat général de la 69ème session de l'Assemblée générale

Intervention de: M. José Badia

29 septembre 2014

Monsieur le Président,

Ce sont les hautes aspirations des Objectifs du Millénaire pour le développement qui ont guidé nos premiers pas dans lère du deuxième Millénaire et ont permis, en partie, la réalisation des priorités qui nous sont si chères.

Forts de cette expérience commune extraordinaire en ce quelle a apporté de concret, et conscients des nouveaux défis qui se sont imposés à nous au cours de ces quinze dernières années, nous disposons à présent denseignements clairs pour bâtir « lavenir que nous voulons ».

Nous savons désormais que paix et développement sont indissociables.

Le futur auquel nous aspirons tous se conçoit en trois dimensions, sur la base des trois piliers du développement durable qui commandent notre égale attention.

Lexercice dont nous avons initié lentreprise pour définir laprès-2015, de par sa nature même mais aussi par les enjeux quil engage mérite les efforts qua déjà entamés la communauté internationale toute entière :

" Il requiert en effet la contribution de tous les Etats, mais aussi de toutes les parties de la société, y compris le secteur privé, les universités, le milieu philanthropique et évidemment les organisations non gouvernementales.

" Il exige également, par éthique mais aussi pour assurer sa viabilité, quil soit inclusif et participatif et se fonde sur la bonne gouvernance.

Ainsi sont, Monsieur le Président, les bases qui devraient définir laprès 2015 et ce, en dépit des paradoxes flagrants et des obstacles trop nombreux auxquels nous sommes malheureusement confrontés.

A lheure où le monde se distingue par son haut degré dinterdépendance, la performance de ses technologies de communications et labondance de ses richesses, les inégalités ne cessent de se creuser et un trop grand nombre dentre nous demeurent marginalisés et vivent dans des conditions inacceptables. Reconnu comme le plus grand défi de notre temps, linévitable changement climatique, arbitre du sort de notre planète, assombrit nos perspectives davenir en menaçant déjà notre présent.

Des conflits perdurent alors que dautres naissent. Et les actes terroristes engendrent un éventail de problèmes qui bousculent les stratégies de défense traditionnelle.

Monsieur le Président,

Cette dernière année, les conflits existants et ceux qui sont apparus ont connu une escalade vers linacceptable.

Les Autorités monégasques ne peuvent que réitérer leur attachement aux valeurs des Buts et Principes de la Charte des Nations Unies et se rallier aux efforts de ceux qui cherchent un règlement pacifique et politique de la crise en Ukraine.

Lutilisation des armes chimiques en Syrie et lassaut sur les cibles civiles en Syrie encore, mais aussi en Iraq, à Gaza, au Soudan du Sud, au Mali, en République centrafricaine et au Nigéria ont répandu lhorreur et les pratiques les plus barbares.

Cela est insupportable. Cest pourquoi le Gouvernement Princier a tenu à condamner les actes de violence abjecte en coparrainant la résolution du Conseil de sécurité adoptée la semaine dernière qui établit un nouveau cadre législatif et politique pour coordonner les efforts internationaux de lutte contre le phénomène des combattants terroristes étrangers.

La Principauté sassocie à la douleur des peuples français, britannique et américain suite aux abominables exécutions de leurs ressortissants retenus otages. A la mémoire du dernier, S.A.S. le Prince Albert II a demandé que les drapeaux des services administratifs et des établissements publics monégasques soient mis en bernes.

Ceux qui commettent ces crimes odieux au nom dune religion quils blasphèment annihilent le fondement de nos sociétés en violant létat de droit et le respect des normes que nous avons élaborées ensemble. Ils utilisent les moyens de communication et les réseaux sociaux dont on pourrait croire quils ont vocation à harmoniser et unifier, pour diffuser la haine et le chaos.

Or, nous sommes en droit de nous interroger sur leurs motivations et les raisons qui rendent leur appel si convaincant.

La réponse prend certainement ses racines dans lexclusion et la marginalisation des personnes qui nont pas pu bénéficier encore à ce jour de ce que nous avons appelé le progrès.

Il sagit souvent en effet de jeunes sans perspective davenir. Il nous incombe de formuler des politiques dintégration sociale inclusives en favorisant léducation et lemploi des jeunes. Les jeunes nont jamais été aussi nombreux dans la composition de la population mondiale, et en particulier, dans les pays en développement. Ils doivent faire partie intégrante du processus de décision pour leur permettre de réaliser leur potentiel humain.

Nous saluons, à cet égard, linitiative du Secrétaire général lancée en novembre dernier « Les droits avant tout », dont lobjectif premier est dempêcher que les violations des droits de lhomme ne se transforment en crimes de masse et de permettre à lOrganisation dagir plus vite en plaçant les personnes au cSur de ses stratégies et de ses activités opérationnelles.

A la veille du dixième anniversaire du Sommet de 2005 et surtout en mémoire de bien sinistres génocides, il nous incombe de mieux promouvoir la responsabilité de protéger. Celle-ci est la responsabilité première de chaque Etat, on le sait, mais il appartient aussi de pouvoir apporter une assistance en renforçant les capacités et les moyens des Etats qui peineraient à le faire.

Monsieur le Président,

La prévention demeure un aspect fondamental du travail de notre Organisation.

A cet égard, lentremise des organisations régionales et sous-régionales est indispensable à la mise en Suvre effective de la protection des populations contre le génocide, les crimes de guerre et crimes contre lhumanité.

La promotion et la protection des droits de lhomme doivent être au cSur de nos politiques. Le Prince AL HUSSEIN a notre pleine confiance. Par son expérience, son indéfectible attachement à la paix et à létat de droit, il saura être le Haut Commissaire aux droits de lhomme que les aléas de notre époque requièrent.

Un autre aspect mérite aussi dêtre souligné : lacheminement de laide humanitaire dans les zones de conflits. En aucun cas, celle-ci ne peut être conditionnée par le contexte politique. La politisation de laide humanitaire devra donc être un point prioritaire à examiner lors du Sommet mondial de 2016.

A la lumière de la multiplication des zones de crises et de leur persistance, occasionnées par les conflits ainsi que par les catastrophes naturelles dont nous lions désormais la fréquence aux incidences du changement climatique, nous devrons prendre en considération les besoins plus de 50 millions de personnes.

Lampleur de ces besoins justifie les nouveaux partenariats qui se sont constitués autour des organisations, partenaires locaux et secteur privé ainsi que des particuliers.

Monsieur le Président,

La menace sans précédent du virus Ebola en Afrique de lOuest met à lépreuve nos capacités à réagir de manière efficace et coordonnée. Nous soutenons létablissement, par le Secrétaire général, dune Mission des Nations Unies pour laction durgence contre lenvergure de la menace quil représente pour la paix et la sécurité internationales.

A cet égard, je tiens à souligner lengagement de la Principauté de Monaco qui contribue de manière effective dans cette lutte sans précédent aux côtés de lOMS et du CICR.

Nous nous associons à la douleur des victimes et à celle de leurs familles.

Nous sommes conscients que leur drame est aggravé et leur peine rendue insupportable par le fait que les familles sont dans limpossibilité de prendre soin de leurs proches et de rendre lhommage funéraire dû à leurs disparus.

Monsieur le Président,

Cest pourtant dans cette période trouble que nous devons mettre en place le nouveau paradigme de développement durable pour laprès-2015. Universel, inclusif, ambitieux et concret, il doit accommoder les pressions dune population mondiale en augmentation et lurbanisation qui laccompagne. Il exige de nous, dadapter nos modes de production, de consommation et de transport et dopter pour des technologies propres.

Car il nous appartient de définir la nature du monde dans lequel nous aspirons à vivre avec et pour nos enfants.

Comme je le mentionnais plus tôt, il est crucial que les besoins des plus vulnérables soient dûment pris en compte et que lautonomisation économique des femmes et des jeunes soit assurée.

Il est temps de réaliser la transformation que le Secrétaire général a annoncée « en brisant les plafonds » qui les ont trop longtemps maintenu en-deçà de leurs capacités. Sans la pleine contribution de celles qui constituent 50% de lHumanité, le développement durable ne sera pas atteint.

2015 marquera aussi le 15ème anniversaire de ladoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité. Nous appelons à nouveau à mettre fin à limpunité des crimes liés aux violences sexuelles et sexistes à lencontre des femmes, ainsi quà tous les abus quelles subissent.

Monsieur le Président

Le succès incontestable du Sommet sur le changement climatique ne doit pas être seulement mesuré aux engagements annoncés mais à la large participation du secteur privé, des fondations et de la société civile ainsi quau sentiment dappropriation quont exprimé tous les acteurs concernés.

Le Sommet a donc réussi à catalyser toute la société afin que lélan politique se poursuive à Lima et à Paris. La thématique du changement climatique ne pouvant être dissociée de la question des océans, dans cette logique, le Gouvernement Princier continuera à défendre un Objectif de développement durable consacré à des océans sains et productifs pour tous.

Soyez assuré, Monsieur le Président, que Monaco sengagera dans les discussions qui débuteront en janvier prochain et continuera, tant au sein de sa politique nationale quinternationale, à agir en partenaire responsable et solidaire.