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Discours

Intervention de la délégation monégasque durant le Groupe de travail ouvert sur les objectifs de développement durable

Intervention de: Valérie Bruell-Melchior, Représentant permanent ad

3 février 2014

Messieurs les Co-Présidents,
Puisque cest la première fois que ma délégation prend la parole au sein du Groupe de travail, quil me soit permis de vous féliciter pour votre investissement personnel dans ce processus.
« Lavenir que nous voulons » a été défini par les Etats Membres à Rio, en juin 2012. Le document que nous avons adopté ensemble est le résultat de longues négociations qui ont mis en évidence les priorités de la communauté internationale.
Ainsi, le devoir qui nous incombe à nous tous Etats Membres, et à vous en particulier au sein du Groupe de travail, est de formuler des propositions dODD qui soient respectueuses de ces délibérations préalables et des préoccupations soulevées à nouveau au sein de ce mécanisme intergouvernemental transparent et participatif.
Nous sommes conscients que le défi majeur des ODD réside dans notre capacité à regrouper les domaines thématiques-clé déjà définis à Rio, de manière à ce quils nous permettent dorganiser notre agenda de développement durable de laprès-2015. Les ODD devront non seulement intégrer les OMD tout en élargissant le champ daction mais aussi donc les dépasser et ensemble ils constitueront la base de nos discussions. Cest comme cela que nous entendons procéder.
Toutefois, dans cette perspective, nous regrettons que les deux rapports qui ont été remis au Secrétaire général respectivement par le Groupe de personnalités de haut niveau chargé détudier le programme de développement pour laprès 2015 et par le Sustainable Development Solutions Network sécartent de lesprit des délibérations intergouvernementales.
Sélectives dans les deux cas, les recommandations préconisées ignorent les océans et les mers. Or, lavenir que nous voulons, endossé par nos Chefs dEtat et de Gouvernement, témoigne de limportance qui leur a été reconnue et quils méritent pour leur contribution envers les trois piliers du développement.

Messieurs les Co-Présidents,

En contribution au processus préparatoire de Rio +20, le Message de Monaco sest engagé à promouvoir la gestion durable des océans dans le contexte de lélimination de la pauvreté. En sattelant à mettre en exergue les questions de sécurité alimentaire, dénergie et de tourisme, nous avons tenté de démontrer que des océans sains sont vitaux pour le développement durable en ce quils garantissent un fort potentiel économique et social et nassurent rien de moins que la survie de notre planète. Nous parlons souvent dans ce Groupe de transversalité ; je vous invite à repenser le rôle des océans dans notre vie par cette perspective. En effet, bâtis sur les trois piliers du développement durable et axés sur la personne humaine, les futurs objectifs de développement durable doivent permettre un développement inclusif, solidaire et intergénérationnel.


Premièrement, le social

Cest dans ce domaine, le social, que les ODD doivent à notre sens se distinguer des OMD.

Plus de trois milliards de personnes dépendent directement des océans et de leurs ressources dans leur vie quotidienne, notamment pour leur alimentation.

Les pêches et laquaculture constituent la principale source de nourriture pour un milliard de personnes dans les pays en développement et représentent environ 15% de la consommation mondiale de protéine animale.

Lenjeu de la sécurité et de la sûreté alimentaires est bel et bien mondial, car même les habitants des régions ou de pays sans accès au littoral consomment des poissons, et tout autre produit de la mer, pêchés ou élevés dans les océans et les mers du monde.

Le rôle central des océans et des mers pour la sécurité alimentaire est indéniable, alors quune personne sur huit dans le monde souffre de malnutrition et que la population mondiale continue de progresser et devrait atteindre, selon certaines estimations, 9,6 milliards de personnes en 2050. Cest la raison pour laquelle garantir des pêcheries et une aquaculture marine durables et responsables doit être au cSur du programme de développement pour la période 2015-2030.

Noublions pas non plus que les océans sont également au centre de la culture de nombreux pays et de lidentité même de leurs habitants. Garantir des océans durables, cest permettre à dinnombrables communautés, et notamment dans les petits Etats insulaires en développement, par exemple, de continuer dhabiter leurs terres et de perpétuer leurs modes de vie.



Deuxièmement, léconomie

Si les pêcheries sont essentielles pour assurer la sécurité alimentaire de milliards de personnes, nous devons aussi compter quelles emploient 200 millions de personnes.

Les océans et les mers sont au cSur même de léconomie mondiale.

Les routes commerciales reliant les plus grands foyers de peuplement et de productions, sur tous les cinq continents, empruntent toutes sans exception les océans qui supportent 90% du volume du commerce mondial.

Force est de constater lampleur formidable du potentiel économique que représentent aussi au niveau national, le développement du tourisme durable notamment dans les zones côtières. En effet, la moitié des voyageurs mondiaux sy rend chaque année.

Le tourisme contribue ainsi substantiellement à lactivité économique de nombreux pays - à la fois les pays en développement et ceux développés - et permet, entre autres, de créer des débouchés professionnels intéressants pour les jeunes de ces régions.

Le secteur prometteur de lécotourisme, qui génère aujourdhui 100 milliards de dollars par an, est appelé à créer de plus en plus demplois et dinfrastructures durables dans les années à venir mais peut aussi contribuer à sa façon à protéger les modes de vie et des cultures menacés de disparaître.

De surcroît, le tourisme constitue lune des principales sources du revenu national et de devises étrangères ; ainsi, la part du tourisme dans le PIB peut atteindre jusquà 25% dans certains petits Etats insulaires en développement. Nous tenons à saluer, à cet égard, les efforts récents qui ont démontré la valeur bien plus quéconomique des requins vivants par exemple pour lessor du tourisme durable dans ces pays.

Mais au-delà encore de lactivité générée par la pêche et laquaculture, le transport maritime et le tourisme, les océans sont une importante source demplois dans bien dautres secteurs dont notamment lactivité portuaire et pétrolière, lexploitation pétrolière, gazière et minière.

Les opportunités quoffrent encore les océans en matière dénergie durables, par exemple dans le domaine des énergies renouvelables off shore sont aussi un enjeu qui doit guider notre politique.



Et troisièmement, comme si ce qui précède nétait pas assez important, noublions jamais que les océans recouvrent plus des deux tiers de la surface terrestre et contiennent 97% de leau de notre planète bleue.

Allons maintenant au-delà de cette simple statistique : il faut se rendre compte que ce sont en grande partie les océans qui permettent la vie de lhomme sur Terre non seulement en nous fournissant de leau, mais également de loxygène. Les phytoplanctons produisent 50% de loxygène sur Terre. De plus, les océans absorbent les radiations du soleil et leurs courants en répartissent la chaleur. Enfin, ils absorbent et stockent 30% des gaz à effet de serre produits par lHomme. Or, si la place des océans dans lécosystème terrestre est immense, ils sont aujourdhui menacés.

Plus de 80% de la pollution marine provient dactivités effectuées sur terre (la pression démographique et le taux durbanisation dans les zones côtières, lutilisation de fertilisants pour lagriculture en sont en partie responsables). La pollution des mers loin des côtes est également une source de préoccupation, notamment la dérive de matériaux plastiques à la surface des mers qui tuent aussi bien les poissons que les mammifères marins et les oiseaux, dont certains sont des espèces menacées ou protégées.

Le changement climatique affecte aussi les océans en entraînant la montée du niveau de la mer et en dégradant des habitats, menaçant ainsi la biodiversité marine. Le phénomène de lacidification a déjà, par exemple, causé la perte de 19% des récifs coralliens.

Combinés avec la manière non durable dont nous utilisons les océans, on estime que 20% des mangroves sont perdues et que et 29% des habitats de phanérogames (sea grass) ont disparu.

Les pêches je lai dit auparavant doivent subvenir aux besoins dune population mondiale en augmentation constante. Toutefois, les pratiques de surpêche doivent cesser et il est temps de mettre en Suvre les moyens efficaces de gestion durable des pêches et mettre un terme à certaines pratiques dont nous connaissons les effets dévastateurs. Je pense notamment aux pêches illicite, non déclarée et non réglementée, aux chaluts de fond et aux prélèvements dailerons.



Messieurs les Co-Présidents,

Vous conviendrez ainsi que ces questions denvergure mondiale nengagent pas que les Etats côtiers ni les petits insulaires en développement bien que, dans leurs cas, cest leur existence même qui est mise en péril.

Les trois piliers du développement durable que couvrent les océans et les mers impliquent forcément le respect des droits de lhomme, du genre, de la bonne gouvernance et de létat de droit.

Enfin, comme dans tous les domaines que nous avons examinés jusquà présent, assurer un développement véritablement durable implique la contribution et la participation de tous les acteurs. Car si la recherche, linnovation et les nouvelles technologies en général nous offrent des opportunités inégalées jusquà présent, nous devrons savoir compter sur le secteur privé, la société civile, le monde des affaires, académique et scientifique, « qui, si je peux me permettre, sont tous avec nous sur le même bateau ».



Messieurs les co-présidents,

Le concept dun ODD sur les océans et les mers ne doit pas soulever dinquiétudes. Il na pas pour objectif de venir bouleverser lordre juridique codifié par la Convention des Nations Unies pour le droit de la mer ou les autres instruments juridiques pertinents mais au contraire de donner priorité à laction collective urgente que tous nous devons entreprendre pour parvenir à nos fins.

Il sagit de permettre la mise en Suvre des engagements que nous avons, en réalité, déjà pris. Nous disposons de tous les outils nécessaires : il nous appartient désormais dassurer leur exécution pleine et entière, pour le bien de chacun.

Cet exercice ne saurait se faire sans reconnaître la place centrale de la Convention des Nations Unies pour le droit de la mer. La « Constitution des océans », comme certains aiment à la surnommer, a été avant même que le terme ne devienne la norme, un instrument de développement durable, précurseur en la matière et qui reconnaît, en outre, le rôle fondamental de la science dans la formulation des politiques.

Le programme de développement de laprès 2015 ne peut se limiter seulement à des données quantitatives, aussi ciblées et pertinentes soient-elles. Il doit correspondre au nouveau paradigme que nos décideurs ont entrepris de définir sur des bases éthiques et solidaires.

Jespère enfin que tous ensemble nous saurons rendre aux océans et aux mers la place que leur ont attribuée nos leaders parmi les priorités des ODD et traduire notre message dans le rapport que vous nous présenterez.

Lesprit de Rio devra prévaloir pour la formulation dODD et lagenda de développement de laprès 2015.